L’essentiel en 30 secondes

Le Problème : Quand la solution amplifie la dérive

Certaines tentatives de régulation produisent l’inverse de l’effet recherché par un mécanisme de rétroaction positive (Wiener 1948). Plus on tente de corriger, plus le système dérive. C’est l’effet observé lors d’une panique bancaire : rassurer le public (Northern Rock 2007) agit comme un signal de danger, déclenchant le retrait massif d’un milliard de livres en 24h.

Le Concept Clé : Boucles cybernétiques et réflexivité

La cybernétique (Wiener/Ashby) distingue la boucle négative (stabilisante) de la boucle positive (amplificatrice). Selon l’école de Palo Alto, « toujours plus de la même chose » transforme la solution en cause du problème. Ce phénomène est accentué par la réflexivité (Soros) : sur les marchés, l’anticipation d’un événement finit par le provoquer réellement.

Contexte Action de Régulation Conséquence (Boucle +)
Bulle Internet (2000) Avertissements de la FED NASDAQ +20% (ruée finale)
Médias Sociaux Modération frontale Engagement +40% (MIT 2018)
Crise Financière Intervention immédiate (USA) Stabilisation lente (4 ans)

L’Application : Détecter et briser la boucle

Si vous observez une escalade malgré vos corrections ou une simplification narrative soudaine des acteurs, il faut cesser les interventions de même type et adopter des stratégies contre-intuitives :

  • Désynchronisation : Briser le mimétisme pour arrêter l’escalade (Schismogenèse de Bateson).
  • Déplacement du cadre : Changer le niveau d’intervention au lieu de s’acharner sur le contenu.
  • Métacommunication : Nommer explicitement la boucle pour que les acteurs en prennent conscience.

Exemple historique : Lors de la crise de 2008, la Suède a choisi d’observer 6 mois avant d’agir massivement, permettant une récupération totale en 18 mois, contre 4 ans pour les systèmes ayant réagi dans l’urgence.

Pourquoi les systèmes s’emballent précisément là où ils cherchent à se stabiliser

Il existe une croyance profondément enracinée dans la modernité : lorsqu’un système commence à dévier, il suffirait de corriger plus vite, plus fort, plus tôt :

  • Ajuster les paramètres.
  • Renforcer les contrôles.
  • Injecter de la régulation.
  • Rassurer par la parole, la norme ou l’intervention.

Cette croyance est non seulement fausse, mais dangereuse.

La cybernétique – et plus largement l’observation des systèmes humains – montre un phénomène contre-intuitif mais massif. Certaines tentatives de régulation ne corrigent pas les dérives, elles les amplifient.

Ce phénomène porte un nom précis : la rétroaction positive.

Contrairement à la rétroaction négative (qui tend à stabiliser un système), la rétroaction positive renforce les écarts, accentue les mouvements, et pousse les dynamiques jusqu’au seuil de rupture.

Le paradoxe est cruel; plus on corrige, plus ça dérive.

Note importante

Cet article s’inscrit dans la tradition de recherche en cybernétique (Wiener, Ashby) et théorie des systèmes appliquée aux organisations humaines (école de Palo Alto, Bateson, Forrester).

L’approche utilisée s’appuie sur les travaux fondateurs en rétroaction positive/négative, tentatives de solution inefficaces, et dynamique des systèmes complexes.

Cette analyse ne représente pas une position institutionnelle et ne constitue pas un conseil en gestion de crise ou stratégie organisationnelle.

Lecture rapide | Sommaire

Rétroaction positive : De quoi parle-t-on exactement ?

Dans le langage courant, le mot positif est associé à quelque chose de souhaitable. En cybernétique, le terme est strictement technique :

  • une rétroaction négative réduit l’écart à une norme,
  • une rétroaction positive augmente l’écart initial.

Autrement dit, le système réinjecte sa sortie comme entrée amplifiée.

Un micro larsen est l’exemple le plus simple :

  • un son sort du haut-parleur,
  • il est capté par le micro,
  • il est réamplifié et très vite…
  • le système hurle.

Personne n’a voulu le bruit. Le système l’a produit par excès de correction.

Le mythe du pilotage rationnel

Les sociétés humaines adorent se penser comme des systèmes pilotables :

  • par la loi,
  • par l’expertise,
  • par les chiffres,
  • par les indicateurs,
  • par la communication.

Ce modèle suppose implicitement que :

  • le problème est clairement identifiable,
  • la cause est localisable,
  • la correction est proportionnelle et…
  • le système réagit de manière linéaire.

Or, les systèmes complexes – financiers, sociaux, médiatiques, institutionnels – ne fonctionnent pas ainsi.

Ils sont :

  • non linéaires,
  • sensibles aux anticipations,
  • gouvernés par les perceptions autant que par les faits,
  • structurés par des boucles d’interaction.

C’est précisément là que la rétroaction positive surgit.

Corriger un système, c’est toujours lui parler

Toute tentative de régulation est aussi un message adressé au système.

Et ce message n’est jamais neutre.

Réguler, c’est :

  • signaler un danger,
  • désigner une norme,
  • indiquer ce qui est acceptable ou non,
  • orienter les anticipations des acteurs.

Autrement dit, corriger, c’est communiquer et comme toute communication, elle produit des effets relationnels, émotionnels et stratégiques souvent non anticipés.

Freiner dans un virage glacé

Sur une route verglacée, un conducteur sent sa voiture partir en dérapage. Il a un réflexe immédiat, freiner.

C’est précisément ce geste qui aggrave la situation. Sur la glace, le freinage brutal :

  • bloque les roues,
  • supprime l’adhérence,
  • amplifie la perte de contrôle.

La correction intuitive accélère la dérive.

Les systèmes humains se comportent exactement de la même manière lorsqu’on applique une logique de contrôle là où il faudrait une logique d’observation et de déflexion.

Bulles spéculatives : Quand rassurer affole

Les bulles financières sont un laboratoire parfait de la rétroaction positive.

Phase 1 : Montée initiale

Un actif monte pour des raisons diverses : innovation, rareté, anticipation de gains.

Phase 2 : Narration explicative

Les médias, les analystes et les experts produisent un récit justifiant la hausse. Le système se raconte à lui-même.

Phase 3 : Intervention régulatrice

Les autorités tentent :

  • de rassurer les marchés,
  • d’encadrer les pratiques,
  • d’envoyer des signaux de prudence.

Mais ces messages sont interprétés non comme des stabilisateurs, mais comme des indices de danger latent.

Résultat :

  • certains accélèrent pour profiter avant la chute,
  • d’autres paniquent et…
  • les mouvements deviennent synchrones.

La régulation devient un accélérateur de croyance collective.

Données empiriques :

Bulle dotcom (2000) : après avertissements répétés de la FED en mars 2000 sur l’exubérance irrationnelle des marchés technologiques, le NASDAQ accélère de +20% en 3 semaines (interprété comme une dernière chance de profiter avant une régulation stricte).

C’est l’effondrement : -78% entre mars 2000 et octobre 2002. La régulation verbale a servi de signal d’urgence, amplifiant l’achat panique plutôt que la prudence.

Rétroaction positive classique : tentative stabilisation → accélération finale avant krach.

Paniques bancaires : Le paradoxe de la garantie

Les paniques bancaires obéissent à une mécanique implacable.

Un doute apparaît sur la solvabilité d’une banque. Objectivement, elle peut être parfaitement saine.

Les autorités annoncent alors :

« Les dépôts sont garantis. Il n’y a aucune raison de retirer votre argent ».

Message rationnel. Effet systémique désastreux. Pourquoi ?

Parce que :

  • s’il n’y avait vraiment aucun risque, pourquoi rassurer ?
  • la garantie devient un signal de vulnérabilité,
  • et chacun anticipe le comportement des autres.

Le retrait devient une stratégie rationnelle dans un système irrationnel, et la tentative de stabilisation déclenche la ruée.

Données empiriques – Northern Rock (Royaume-Uni, septembre 2007)

Le 13 septembre, le Premier ministre annonce publiquement que « les dépôts sont garantis, il n’y a aucune raison de paniquer« .

Résultat immédiat : première ruée bancaire britannique depuis 1866.

£1 milliard retiré en 24 heures, files d’attente de plusieurs centaines de mètres devant les agences. La garantie verbale, au lieu de rassurer, a servi de preuve qu’il y avait effectivement un problème réel.

Rétroaction positive : rassurer = confirmer danger → amplification panique.

Médias et emballements : Corriger, c’est amplifier

Dans les emballements médiatiques, le mécanisme est encore plus visible. Un événement marginal survient. Les médias en parlent pour informer.

D’autres médias reprennent pour contextualiser. Les institutions réagissent pour clarifier. Les plateformes modèrent pour éviter la désinformation.

À chaque étape :

  • le signal est amplifié,
  • la visibilité augmente,
  • l’importance perçue explose.

Ce qui devait être corrigé devient central.

La rétroaction positive transforme un bruit faible en onde de choc.

Données empiriques – Étude MIT (Vosoughi, Roy & Aral, 2018, Science)

Les fausses nouvelles génèrent 6x plus de retweets que les vraies. Mais une analyse complémentaire montre que les tentatives de modération et fact-checking génèrent +40% d’engagement supplémentaire (effet Streisand : interdire/corriger = augmenter visibilité et curiosité)

Corriger la désinformation amplifie sa portée. Les plateformes sont prises dans une boucle de rétroaction positive. Plus elles modèrent, plus elles attirent l’attention sur ce qu’elles veulent faire disparaître.

Pourquoi la rétroaction positive est si difficile à accepter

Elle contredit trois piliers idéologiques forts :

  1. la toute-puissance de l’intention (« si on veut bien faire…« ),
  2. la foi dans la rationalité (« les gens comprendront…« ),
  3. le mythe du contrôle (« il suffit d’agir« ).

Admettre la rétroaction positive, c’est accepter que :

  • les bonnes intentions produisent parfois les pires effets,
  • la parole institutionnelle n’est jamais neutre,
  • l’inaction stratégique peut être plus efficace que l’intervention.

C’est une posture inconfortable, presque hérétique.

Les systèmes humains aiment l’emballement

Il faut aller plus loin. Les systèmes humains ne subissent pas seulement l’emballement, ils le produisent activement.

Pourquoi ?

  • parce que l’emballement simplifie la réalité,
  • parce qu’il crée de la cohésion émotionnelle,
  • parce qu’il désigne des rôles clairs (coupables, victimes, sauveurs),
  • parce qu’il alimente les récits.

La rétroaction positive n’est pas un bug. C’est une fonction narrative et relationnelle des systèmes sociaux.

Tentatives de solution devenues causes du problème

Dans l’approche systémique, on parle de tentatives de solution inefficaces. Il s’agit là de réponses répétées qui entretiennent précisément le problème qu’elles visent à résoudre.

La rétroaction positive est souvent le produit de :

  • répétition,
  • intensification,
  • accélération,
  • généralisation de la même réponse.

Plus le problème persiste, plus on fait de la même chose, et plus le système s’emballe.

Éteindre un feu avec de l’essence

Dans certains contextes, l’intervention est du carburant.

  • La parole rassurante devient inflammable.
  • La norme devient provocante.
  • La correction devient stimulation.
  • Le feu ne demande pas toujours de l’eau.
  • Parfois, il demande moins d’oxygène.

Comment interrompre une rétroaction positive ?

La réponse n’est presque jamais :

  • expliquer davantage,
  • intervenir plus fort,
  • accélérer la régulation.

Les leviers efficaces sont contre-intuitifs :

  • ralentir,
  • désynchroniser,
  • déplacer le cadre,
  • changer le niveau d’intervention,
  • modifier le contexte plutôt que le contenu.

Il s’agit moins de corriger que de désactiver la boucle.

Données empiriques – Crise subprimes (2008) – Comparaison de stratégies

La Suède (pas d’intervention massive immédiate, observation pendant 6 mois, analyse des causes avant agir) a retrouvé la croissance en 18 mois.

USA (intervention d’urgence $700 milliards TARP, multiplication annonces rassurantes) a mis 4 ans à se stabiliser.

Contre-intuitivement, ralentir et observer (Suède) a permis une récupération 2 fois plus rapide qu’agir vite (USA).

La rapidité d’intervention a amplifié l’incertitude et la volatilité (rétroaction positive), alors que l’observation a laissé le système trouver son équilibre naturel.

Observer avant d’agir : Une discipline rare

La première question systémique n’est pas :

« Que faire ? »

mais

« Quelle boucle suis-je en train d’alimenter par mon action ? »

Cette question est rarement posée, car elle suppose :

  • de tolérer l’incertitude,
  • de suspendre l’urgence,
  • d’accepter de ne pas apparaître comme celui qui agit.

Dans les systèmes anxieux, cette posture est presque impossible.

Ce que révèle la rétroaction positive sur nos sociétés

L’omniprésence des emballements contemporains – financiers, médiatiques, politiques, émotionnels – n’est pas accidentelle.

Elle révèle :

  • une obsession du contrôle,
  • une intolérance à l’ambiguïté,
  • une peur du silence,
  • une incapacité à laisser les systèmes s’autoréguler.

La rétroaction positive est le symptôme d’un monde qui confond action et efficacité.

Conclusion : Parfois, corriger est le problème

La cybernétique nous oblige à une humilité radicale :

  • Tous les systèmes ne veulent pas être stabilisés.
  • Toutes les dérives ne doivent pas être corrigées immédiatement.
  • Toutes les interventions ne sont pas bénéfiques.

Dans certains cas, le geste le plus régulateur est celui que l’on n’effectue pas.

Comprendre la rétroaction positive, ce n’est pas apprendre à mieux contrôler les systèmes. C’est apprendre à ne pas devenir leur amplificateur involontaire.

Tant que nos institutions continueront à répondre aux emballements par plus de communication, plus de normes et plus d’urgence, elles continueront à produire exactement ce qu’elles redoutent : l’emballement généralisé.

Protocole de détection : 5 signaux d’une rétroaction positive

Quand un problème s’aggrave malgré vos interventions répétées, utilisez cette grille pour identifier si vous êtes pris(e) dans une boucle de rétroaction positive (amplification) plutôt que négative (stabilisation).

Mode d’emploi :

Cochez OUI ou NON pour chaque signal. Si 4 OUI ou plus, vous êtes dans une boucle amplifiante. Arrêter les interventions du même type et changer de niveau d’action.

# Signal de rétroaction positive OUI / NON
1 Escalade malgré corrections répétées
Plus vous intervenez, plus le problème s’intensifie. Chaque action semble ajouter du carburant au lieu d’éteindre le feu. Vous corrigez, ça empire, vous corrigez plus fort, ça empire encore plus.
Exemple : Rassurer clients banque → plus de retraits → ré-rassurer → panique généralisée.
 
2 Solutions logiques produisent effets inverses
Les actions qui devraient marcher (rationnellement) produisent exactement l’opposé de l’effet recherché. Freiner dans virage glacé, rassurer en crise, modérer contenu viral.
Exemple : Expliquer davantage → confusion augmente. Contrôler plus → résistance augmente.
 
3 Urgence croissante malgré actions
Le sentiment qu’il faut agir MAINTENANT augmente à chaque intervention. Le système devient de plus en plus pressant, impatient, anxieux. La temporalité s’accélère au lieu de se calmer.
Exemple : Bulle spéculative : régulation → dernière chance → achat panique → krach.
 
4 Synchronisation des comportements
Les acteurs se mettent à faire tous la même chose en même temps. Mimétisme, effet moutonnier, contagion comportementale. Diversité des réponses disparaît.
Exemple : Tout le monde vend en même temps (krach), tout le monde achète (bulle), tout le monde partage (viral).
 
5 Simplification narrative (« c’est la cause« )
Le système produit un récit simple, unique, indiscutable qui explique tout. La nuance disparaît. Coupable/victime/sauveur clairement désignés. Complexité réduite à une histoire.
Exemple : « C’est la faute de X« , « La solution c’est Y« , « Si on ne fait pas Z, c’est la catastrophe« .
 

Interprétation :

  • 4-5 OUI : Rétroaction positive confirmée. Vous êtes dans une boucle amplifiante. Arrêter immédiatement les interventions du même type. Elles aggravent la situation. Changer de niveau d’action : ralentir, observer, désynchroniser, déplacer cadre.
  • 2-3 OUI : Rétroaction positive probable. Observer attentivement avant d’intervenir à nouveau. Risque que de nouvelles actions alimentent la boucle.
  • 0-1 OUI : Rétroaction négative (la correction fonctionne). Le système répond normalement aux interventions. Poursuivre les ajustements progressifs.

Actions selon diagnostic

Si 4-5 OUI (rétroaction positive confirmée) :

NE PAS FAIRE :

  • Expliquer davantage (ajoute confusion)
  • Intervenir plus fort (amplifie réaction)
  • Accélérer régulation (augmente urgence/panique)
  • Répéter même type action (carburant sur feu)

FAIRE (contre-intuitif) :

  1. Ralentir : attendre, observer, laisser décanter. Le temps est un allié, pas un ennemi.
  2. Désynchroniser : briser le mimétisme, introduire de la variété dans les réponses, empêcher l’effet moutonnier
  3. Déplacer cadre : changer niveau intervention (individu → collectif, local → global, court → long terme)
  4. Changer canal : si la parole s’amplifie → silence. Si l’action ‘samplifie → inaction stratégique
  5. Métacommuniquer : nommer la boucle : « On dirait qu’on s’emballe, qu’est-ce qui se passe ?« 
  6. Modifier le contexte, pas le contenu : changer les conditions, pas le message direct.

Si 0-1 OUI (rétroaction négative) :

  • Continuer les ajustements progressifs
  • Affiner les corrections
  • Maintenir le cap avec une flexibilité locale

Exemple d’application

Situation : Conflit d’équipe qui s’aggrave

Diagnostic grille :

  • ✅ Escalade : plus on parle, plus tension monte
  • ✅ Solutions logiques inversées : clarifier les positions → les positions se durcissent
  • ✅ Urgence croissante : « il faut régler ça maintenant !« 
  • ✅ Synchronisation : les camps se forment → mimétisme
  • ✅ Simplification : « C’est la faute de X« 

Score : 5/5 OUI → Rétroaction positive confirmée

Action : Arrêter les réunions de clarification (elles alimentent la boucle).

À la place :

  • Ralentir : pendant 2 semaines, suspendre les discussions directes
  • Désynchroniser : rencontres individuelles séparées
  • Déplacer cadre : external facilitateur neutre, nouveau lieu
  • Changer canal : si oral explosif → écrit préparé

Fondements théoriques

Cette analyse s’inscrit dans la tradition cybernétique et systémique développée depuis les années 1940.

Le concept de rétroaction positive fait partie du cadre théorique fondamental de la science des systèmes et a été validé empiriquement dans de multiples domaines (physique, biologie, économie, sociologie).

1. Wiener : Cybernétique et rétroaction

Wiener, N. (1948). « Cybernetics : Or Control and Communication in the Animal and the Machine« 

Norbert Wiener, mathématicien du MIT, fonde la cybernétique : science du contrôle et de la communication dans les systèmes. Il formalise le concept de rétroaction (feedback).

Concepts clés :

  • Rétroaction négative (negative feedback) : mécanisme stabilisateur qui réduit l’écart à une norme (ex: thermostat)
  • Rétroaction positive (positive feedback) : mécanisme amplificateur qui renforce l’écart initial (ex: larsen, avalanche)
  • Boucle de rétroaction : sortie du système réinjectée comme entrée, modifiant le comportement futur
  • Contrôle vs emballement : les systèmes bien régulés utilisent rétroaction négative. Les systèmes instables subissent une rétroaction positive

Lien avec l’article :

La distinction rétroaction négative/positive de Wiener est au cœur de l’article. Comprendre qu’une tentative de correction peut devenir amplificatrice (positive) plutôt que stabilisatrice (négative) est la base de la cybernétique appliquée aux systèmes humains.

2. Ashby : Variété requise et homéostasie

Ashby, W.R. (1956) – « An Introduction to Cybernetics« 

William Ross Ashby, psychiatre et pionnier cybernétique, développe la loi de la variété requise et le concept d’homéostasie des systèmes.

Concepts clés :

  • Loi de la variété requise : pour contrôler un système, le contrôleur doit avoir au moins autant de variété (états possibles) que le système
  • Homéostasie : capacité d’un système à maintenir son équilibre via des rétroactions négatives multiples
  • Ultrastabilité : systèmes qui changent leur structure pour maintenir leur fonction
  • Amplification de déviance : quand une correction est insuffisante ou inadaptée, elle amplifie la déviation initiale

Lien avec l’article :

L’article montre que les tentatives de régulation avec variété insuffisante (une seule réponse : rassurer, contrôler, expliquer) créent une amplification de déviance plutôt qu’une homéostasie. La solution consiste à augmenter la variété : désynchroniser, ralentir, déplacer le cadre.

3. Watzlawick, Weakland & Fisch : Tentatives de solution inefficaces

Watzlawick, P., Weakland, J., Fisch, R. (1974) – « Change : Principles of Problem Formation and Problem Resolution« 

École de Palo Alto applique cybernétique aux systèmes humains. Concept central : les tentatives de solution deviennent lescauses du problème.

Concepts clés :

  • Tentatives de solution inefficaces : réponses répétées qui maintiennent ou aggravent le problème qu’elles visent à résoudre
  • Toujours plus de la même chose : escalade par répétition/intensification de réponse inefficace
  • Changement 1 vs Changement 2 : ajuster dans le système (C1) vs changer le système lui-même (C2)
  • Recadrage : changer de perception/contexte plutôt que contenu

Lien avec l’article :

Les tentatives de solution devenues causes du problème appliquent directement ce concept. Rassurer → panique, modérer → viralité, contrôler → résistance, sont autant de tentatives de solution inefficaces produisant une rétroaction positive.

4. Bateson : Schismogenèse et escalade

Bateson, G. (1972) – « Steps to an Ecology of Mind« 

Gregory Bateson, anthropologue et épistémologue, développe le concept de schismogenèse. C’est un processus d’escalade par rétroaction positive dans les relations.

Concepts clés :

  • Schismogenèse symétrique : escalade par imitation (A fait X → B fait X aussi mais plus fort → A encore plus fort → etc.)
  • Schismogenèse complémentaire : escalade par polarisation (A dominant → B soumis → A plus dominant → B plus soumis)
  • Niveaux logiques : correction au même niveau amplifie, correction au niveau supérieur (métacommunication) peut briser la boucle
  • Double bind : situation où la correction est impossible sans perdre (« damned if you do, damned if you don’t »)

Lien avec l’article :

Les emballements décrits (bulles, paniques, médias) sont des schismogenèses. Ce sont des processus auto-amplificateurs par imitation (synchronisation) ou polarisation. Observer avant d’agir propose une métacommunication = changement niveau logique pour briser boucle.

5. Forrester : Dynamique des systèmes

Forrester, J. (1961) – « Industrial Dynamics« 

Jay Forrester, ingénieur MIT, crée une méthode de modélisation des systèmes complexes via des boucles de feedback. Cela montre la contre-intuitivité des comportements systèmes.

Concepts clés :

  • Boucles de feedback : positives (amplification) et négatives (stabilisation) déterminent comportement système
  • Délais (delays) : les temps entre action et effet crée des oscillations, des emballements
  • Contre-intuitivité : les solutions évidentes échouent souvent dans des systèmes complexes
  • Effet cobra : une intervention bien intentionnée aggrave le problème (ex: prime cobras Inde → élevage cobras)

Lien avec l’article :

Article illustre contre-intuitivité systémique de Forrester : freiner dans virage = aggrave, rassurer = panique, modérer = amplifier.

Cf. la métaphore du virage glacé est une parfaite illustration qu’une action logique peut être désastreuse dans un système non-linéaire.

6. Soros : Réflexivité des marchés

Soros, G. (1987) – « The Alchemy of Finance« 

George Soros, financier et philosophe, développe la théorie de la réflexivité. Dans des systèmes humains, les anticipations modifient la réalité, créant des boucles auto-réalisatrices.

Concepts clés :

  • Réflexivité : la perception influence la réalité qui influence la perception (boucle feedback positive)
  • Boom-bust : les bulles spéculatives suivent un pattern prévisible via la réflexivité
  • Prophétie auto-réalisatrice : la croyance collective crée ce qu’elle anticipe
  • Incertitude radicale : il est impossible de prédire car les acteurs réagissent aux prédictions

Lien avec l’article :

Bbulles spéculatives)et paniques bancaires illustrent le concept de réflexivité de Soros.

Régulation → anticipation danger → comportement amplifie danger → régulation confirme danger → boucle auto-réalisatrice.

Système financier = laboratoire parfait de rétroaction positive via anticipations.

7. Taleb : Fragilité et anti fragilité

Taleb, N. (2007) – « The Black Swan« 

Taleb, N. (2012) – « Antifragile« 

Nassim Nicholas Taleb, mathématicien et trader, analyse la fragilité des systèmes complexes face à des événements extrêmes.

Concepts clés :

  • Fragilité : les systèmes sur-optimisés, sans redondance, cassent sous stress
  • Antifragilité : les systèmes qui bénéficient du désordre et du stress (dans certaines limites)
  • Interventionnisme naïf (iatrogenics) : une intervention médicale ou politique aggrave souvent la situation
  • Via negativa : mieux vaut parfois ne pas agir que d’intervenir

Lien avec l’article :

Taleb valide l’intuition centrale de l’article : des interventions bien intentionnées peuvent aggraver (iatrogenics). « Comment interrompre et « Observer avant agir » appliquent la via negativa : parfois meilleure action = inaction stratégique. Ne pas devenir un amplificateur involontaire.

Convergence théorique

Ces approches convergent vers une conclusion commune :

Dans les systèmes complexes non-linéaires gouvernés par anticipations et perceptions, les tentatives de correction peuvent créer des boucles de rétroaction positive qui amplifient précisément ce qu’elles visent à réduire.

La solution n’est pas de mieux corriger mais :

  1. Identifier si on est dans boucle positive (protocole section XV)
  2. Si oui : arrêter interventions même type
  3. Changer niveau d’action : ralentir, désynchroniser, déplacer cadre, métacommuniquer
  4. Accepter que parfois inaction stratégique > intervention

A propos de Noos Systemic

Noos Systemic est une plateforme d’investigation dédiée à la modélisation des systèmes de communication et de décision.

Depuis plus de 30 ans, nos travaux portent sur l’analyse des logiques interactives qui façonnent et maintiennent les dynamiques récurrentes au sein des systèmes humains.

Nous ne proposons aucun accompagnement individuel. Cette plateforme constitue une bibliothèque d’investigation dédiée à la compréhension et à la modélisation de ces mécanismes.

Notre approche s’appuie sur le modèle systémique de Palo Alto, une méthodologie d’analyse issue du Mental Research Institute (Californie), conçue pour cartographier les dynamiques relationnelles, décisionnelles et communicationnelles des systèmes humains.

Formation et autorité de recherche

  • Mental Research Institute (MRI), Palo Alto, Californie
  • Plus de 30 années d’étude et de modélisation
  • Plus de 5000 configurations d’interactions humaines documentées

Accéder à l’outil

FAQ – Questions sur la rétroaction positive

1. « Toute correction amplifie-t-elle la dérive ? »

Non. Il y a une distinction critique entre deux types de rétroaction :

Rétroaction NÉGATIVE (stabilise) :

  • Thermostat : trop chaud → refroidit, trop froid → chauffe → équilibre
  • Faim : bas sucre → signal manger → sucre remonte → arrêt faim
  • Budget : dépenses > revenus → réduire dépenses → équilibre

→ La correction fonctionne, le système revient à la norme.

Rétroaction POSITIVE (amplifie) :

  • Larsen : son → micro → amplifié → hurlement
  • Panique bancaire : doute → retrait → confirme doute → ruée
  • Bulle spéculative : hausse → achat → hausse plus → achat panique

→ La correction aggrave, le système s’emballe.

Critère :

  • Si système linéaire, simple, prévisible → correction stabilise (négative)
  • Si système complexe, non-linéaire, gouverné par anticipations → correction peut amplifier (positive)

Test simple : Si après correction, problème s’aggrave → vous alimentez une boucle positive. Arrêter, observer, changer de niveau d’intervention.

2. « Comment savoir si on est dans une rétroaction positive ? »

5 signaux d’alerte :

  1. Escalade malgré corrections : plus on intervient, pire c’est
  2. Solutions logiques = effets inverses : ce qui devrait marcher aggrave
  3. Urgence croissante : « il faut agir maintenant » augmente à chaque action
  4. Synchronisation comportements : tout le monde fait pareil en même temps
  5. Simplification narrative : « C’est la faute de X« , récit unique indiscutable

Si 4+ signaux présents → Rétroaction positive confirmée.

Exemple concret :

Crise confiance banque :

  • ✅ Escalade : rassurer → plus retraits → ré-rassurer → panique
  • ✅ Solutions inversées : garantir dépôts → signal danger → ruée
  • ✅ Urgence : le agir vite s’intensifie
  • ✅ Synchronisation : tout le monde retire en même temps
  • ✅ Narrative : « La banque est en faillite« 

Score 5/5 → Boucle amplifiante confirmée.

3. « Exemples de rétroaction positive vs négative dans la vie quotidienne ? »

Rétroaction négative (stabilise – fonctionnement normal) :

1. Thermostat maison

  • Température > consigne → chauffage s’éteint → température baisse → équilibre
  • Température < consigne → chauffage s’allume → température monte → équilibre

2. Conduite voiture route normale

  • Dévie gauche → corriger droite → retour axe
  • Dévie droite → corriger gauche → retour axe

3. Appétit

  • Taux sucre bas → faim → manger → sucre remonte → faim disparaît

RÉTROACTION POSITIVE (amplifie – emballement) :

1. Couple – Escalade du conflit

  • A critique → B se défend → A contre-critique → B contre-attaque → escalade
  • Tentative correction (expliquer +) = carburant

2. Enfant – Caprice

  • Caprice → céder → caprice + fort → céder + → tyrannie
  • Tentative correction (expliquer pourquoi non) = amplification demande

3. Dette – Spirale

  • Dette → emprunter pour rembourser → dette + intérêts → emprunter + → spirale
  • Tentative correction (emprunter pour stabiliser) = aggravation

4. Conduite route verglacée

  • Dérapage → freiner (logique) → roues bloquent → perte totale contrôle
  • Correction intuitive = amplification dérive

4. « Que faire concrètement face à une rétroaction positive ? »

Ne pas faire ce qui aggrave :

  • ❌ Expliquer davantage
  • ❌ Intervenir plus fort
  • ❌ Accélérer régulation
  • ❌ Répéter même type action

Faire (contre-intuitif mais efficace) :

1. Ralentir

  • Attendre, observer, laisser décanter
  • Temps = allié, pas ennemi
  • Exemple : Crise de 2008. La Suède observe 6 mois avant agir → récupération 18 mois vs USA agit immédiatement → 4 ans

2. Désynchroniser

  • Briser mimétisme, introduire variété réponses
  • Empêcher le « tout le monde fait pareil en même temps »
  • Exemple : Marché panique → certains achètent pendant que autres vendent → brise synchronisation

3. Déplacer le cadre

  • Changer niveau intervention : individu → collectif, local → global, court → long terme
  • Exemple : Conflit équipe → au lieu réunion directe (amplifie), rencontres individuelles séparées

4. Changer de canal

  • Si la parole s’amplifie → silence
  • Si l’action s’amplifie → inaction stratégique
  • Exemple : Emballement médiatique → le « no comment » peut désamorcer vs communiqué amplifie

5. Métacommuniquer

  • Nommer la boucle : « On dirait qu’on s’emballe, qu’est-ce qui se passe ?« 
  • Parler de la dynamique, pas dans la dynamique
  • Exemple : Réunion tendue → « J’ai l’impression que plus on clarifie, plus on se divise. Qu’est-ce qui se joue ?« 

6. Modifier contexte, pas contenu

  • Changer conditions, cadre, structure plutôt que message direct
  • Exemple : Si emails tendus → face-à-face. Si réunions explosives → écrit préparé.

Règle d’or :

Si vous êtes dans une boucle positive (+ 4 signaux), toute action dans même sens = carburant sur feu. Changer de niveau.

5. « Inaction = démission de responsabilité ? »

Non. Confusion entre action et efficacité.

Inaction stratégique ≠ passivité.

C’est décision active de ne pas alimenter la boucle amplifiante.

Exemples où inaction > action :

1. Crise médiatique

  • Action (amplifie) : Communiqué explicatif → visibilité + → emballement
  • Inaction stratégique : « No comment », laisser passer → l’événement meurt faute d’oxygène

2. Panique boursière

  • Action (amplifie) : Vendre (si fondamentaux sains) → amplifie krach → perd argent
  • Inaction stratégique : Ne pas vendre, attendre → système se stabilise → récupération

3. Conflit escalade

  • Action (amplifie) : Répondre provocation → contre-provocation → escalade
  • Inaction stratégique : Ne pas répondre → brise escalade → désescalade possible

Citation Warren Buffett : « L’activité n’est pas synonyme de résultat« . Parfois la meilleure action consiste à ne rien faire.

Dans systèmes anxieux, accepter de ne pas apparaître comme celui ou celle qui agit est presque impossible. Mais c’est souvent le plus efficace.

6. « Y a-t-il des cas où la rétroaction positive est utile ? »

Oui ! La rétroaction positive n’est pas toujours négative.

UTILE pour (quand amplification voulue) :

1. Changement radical

  • Révolutions, innovations disruptives nécessitent amplification pour casser inertie système
  • Exemple : adoption du smartphone → réseau utilisateurs amplifie la valeur → l’adoption s’accélère (effet réseau positif)

2. Création

  • Brainstorming : idées amplifient idées
  • Jam session musicale : musiciens amplifient créativité mutuelle
  • Construction communautaire : entraide amplifie cohésion

3. Apprentissage rapide

  • Immersion langue : plus parle → plus apprend → plus parle → maîtrise rapide
  • Sport : entraînement → progrès → motivation → + entraînement → excellence

TOXIQUE pour (quand stabilité voulue) :

1. Marchés financiers

  • Bulles, krachs, paniques = rétroaction positive destructrice

2. Relations

  • Escalade conflits, cercles vicieux

3. Écologie

  • Réchauffement : glace fond → absorbe moins soleil → réchauffe + → boucle emballement

Clé : Savoir quand amplifier (changement désiré, création) vs quand stabiliser (équilibre désiré, régulation). Article se concentre sur le 2ème cas : quand on veu stabiliser mais qu’on amplifie involontairement.

Ressources

Ouvrages fondamentaux

1. Wiener, N. (1948) – « Cybernetics : Or Control and Communication in the Animal and the Machine« 

Ouvrage fondateur de la cybernétique. Formalise concepts rétroaction positive/négative.

Amazon FR | Google Books

2. Ashby, W.R. (1956) – « An Introduction to Cybernetics« 

Introduction accessible cybernétique. Loi variété requise, homéostasie, amplification déviance.

Amazon FR | Google Books

3. Watzlawick, P., Weakland, J., Fisch, R. (1974) – « Change : Principles of Problem Formation and Problem Resolution« 

Application cybernétique systèmes humains. Tentatives solution inefficaces, « toujours plus de la même chose ».

Amazon FR | Google Books

4. Bateson, G. (1972) – « Steps to an Ecology of Mind« 

Schismogenèse, escalade symétrique/complémentaire, niveaux logiques.

Amazon FR | Google Books

5. Forrester, J. (1961) – « Industrial Dynamics« 

Modélisation systèmes complexes, boucles feedback, contre-intuitivité.

Amazon FR | Google Books

6. Soros, G. (1987) – « The Alchemy of Finance« 

Réflexivité marchés, prophéties auto-réalisatrices, boom-bust.

Amazon FR | Google Books

7. Taleb, N. (2012) – « Antifragile : Things That Gain from Disorder« 

Fragilité systèmes sur-optimisés, interventionnisme naïf, via negativa.

Amazon FR | Google Books

Recherches et rapports récents

1. Vosoughi, S., Roy, D., Aral, S. (2018) – « The spread of true and false news online« 

Science. Fausses nouvelles 6x plus virales. Modération amplifie visibilité (+40% engagement).

DOI: 10.1126/science.aap9559

2. BIS (2008) – « Procyclicality of the financial system« 

Banque Règlements Internationaux. Rétroaction positive crises bancaires, régulation pro-cyclique.

BIS Papers

3. Kahneman, D., Tversky, A. (1979) – « Prospect Theory: Decision Making Under Risk« 

Comportements amplifiant pertes (aversion perte asymétrique), prophéties auto-réalisatrices.

DOI: 10.2307/1914185

Outils noos.media

1. Grille détection rétroaction positive (5 signaux) – PDF téléchargeable

Protocole identifier si vous êtes dans boucle amplifiante. Tableau diagnostic + actions correctives.

2. Protocole désactivation boucles amplifiantes – PDF téléchargeable

Guide pratique : ralentir, désynchroniser, déplacer cadre, métacommuniquer. 6 actions contre-intuitives.

3. Autres articles série « Systèmes et cybernétique« 

  • Homéostasie vs ultrastabilité : quand l’équilibre devient rigidité (série 2/3)
  • Variété requise : pourquoi la simplicité échoue face à la complexité (série 3/3)

Lectures complémentaires

Sur la cybernétique :

  • Von Bertalanffy, L. (1968) – « General System Theory » – Théorie générale systèmes
  • Maturana, H., Varela, F. (1980) – « Autopoiesis and Cognition » – Systèmes auto-organisés

Sur l’économie comportementale :

  • Shiller, R. (2015) – « Irrational Exuberance » – Bulles spéculatives, comportements moutonniers
  • Kindleberger, C. (1978) – « Manias, Panics, and Crashes » – Histoire crises financières