Quand une relation créée pour résoudre un problème finit par s’organiser autour de ce problème, elle peut devenir l’un des mécanismes qui le maintiennent.
L’histoire commence rarement là où on l’imagine
Sophie consulte pour la première fois à l’âge de trente-neuf ans. Depuis plusieurs années, elle souffre d’une anxiété qui envahit progressivement sa vie. Rien d’extraordinaire au départ. Une inquiétude diffuse, des difficultés à dormir, et une tendance à anticiper les problèmes avant même qu’ils ne surviennent.
Comme beaucoup de personnes confrontées à ce type de difficultés, elle décide de demander de l’aide. La démarche semble logique. En effet, lorsqu’une situation devient trop lourde à porter seul, il paraît naturel de se tourner vers un professionnel dont le métier consiste précisément à accompagner les personnes confrontées à ce type d’épreuve.
Les premiers rendez-vous lui font du bien. Elle se sent écoutée, comprise, et reconnue dans sa souffrance. Pour la première fois depuis longtemps, quelqu’un semble prendre le temps de s’intéresser à ce qu’elle vit. Les séances deviennent rapidement un rendez-vous important de sa semaine.
Puis des mois passent, ensuite une année, puis deux. L’anxiété est toujours là. Sous certaines formes, elle semble même avoir gagné du terrain. Pourtant, Sophie continue à consulter. Elle ne remet pas réellement en question la thérapie, ni n’accuse son thérapeute.
Elle ne se considère pas non plus comme une mauvaise patiente. Elle a simplement l’impression étrange d’être entrée dans un système dont elle ne sait plus très bien comment sortir. Cette situation est beaucoup plus fréquente qu’on ne l’imagine., ce qui ne signifie pas que les thérapies sont inutiles.
Elle ne signifie pas non plus que les thérapeutes sont incompétents ni davantage que les patients seraient dépendants ou incapables de changer. Elle soulève une question beaucoup plus intéressante. Que se passe-t-il lorsqu’une relation créée pour résoudre un problème finit progressivement par s’organiser autour de ce problème ?
C’est précisément cette question que nous allons explorer.
Pourquoi la relation thérapeutique n’est jamais neutre
Lorsqu’on évoque une thérapie, beaucoup de personnes imaginent une sorte de dispositif technique.
D’un côté se trouverait un professionnel formé, de l’autre une personne confrontée à une difficulté. Entre les deux, une méthode destinée à produire un changement. Cette représentation contient une part de vérité. Les approches thérapeutiques reposent effectivement sur des modèles théoriques, des outils et des pratiques spécifiques.
En revanche, elle oublie un élément essentiel. Avant d’être un dispositif technique, une thérapie est une relation or aucune relation humaine n’est neutre. Dès les premières rencontres, chacun commence à construire une représentation de l’autre. Le patient cherche à savoir s’il peut faire confiance, et le thérapeute tente de comprendre la situation.
Tous deux ajustent progressivement leur comportement.
Une forme d’équilibre relationnel commence à émerger. Cette réalité est largement reconnue dans la littérature scientifique. Depuis plusieurs décennies, les recherches montrent que l’alliance thérapeutique constitue l’un des meilleurs prédicteurs de l’efficacité d’une thérapie. La qualité de la relation entre le thérapeute et le patient influence donc fortement les résultats obtenus.
Si ce constat est important, il comporte également une conséquence moins souvent évoquée. Si la relation possède un pouvoir de changement, elle possède également un pouvoir de stabilisation. Autrement dit, elle peut contribuer à faire évoluer une situation, mais elle peut aussi contribuer à maintenir certaines dynamiques.
Cette idée n’est pas propre à la thérapie. On l’observe dans les couples, les familles, les organisations, et les institutions. Chaque fois qu’une relation s’installe durablement, elle tend à produire un certain équilibre même lorsque celui-ci génère de la souffrance, semble irrationnel, ou lorsque tous les acteurs affirment vouloir qu’il change.
Cette logique constitue l’un des enseignements majeurs de l’approche systémique. Les systèmes humains cherchent rarement le bonheur. Ils cherchent surtout la stabilité. Ainsi, il arrive parfois que cette stabilité se construise autour d’un problème.
Quand le problème devient le centre de la relation
Imaginons une personne qui consulte pour des attaques de panique. Au départ, les rendez-vous sont organisés autour d’un objectif simple : réduire ou éliminer les crises. Cette intention paraît parfaitement raisonnable. Pourtant, au fil du temps, une transformation subtile peut se produire.
Le problème cesse d’être uniquement le motif de consultation. Il devient progressivement le principal organisateur de la relation. Chaque séance tourne autour de son évolution, et commence par son évaluation. Chaque progrès est mesuré à travers lui, et chaque difficulté est interprétée.
Sans que personne ne le décide explicitement, le problème occupe une place centrale. Le paradoxe apparaît alors. Plus la relation se structure autour du symptôme, plus celui-ci risque de devenir indispensable à la relation elle-même.
Cette affirmation peut sembler provocatrice. Elle mérite donc d’être précisée.
Il ne s’agit évidemment pas de dire que le thérapeute souhaiterait inconsciemment maintenir le problème. Il ne s’agit pas davantage de prétendre que le patient chercherait volontairement à rester malade. La réalité est beaucoup plus subtile.
Lorsque deux personnes consacrent des mois ou parfois des années à observer, analyser, commenter et mesurer un phénomène, celui-ci acquiert mécaniquement une importance particulière dans leur univers relationnel. Il devient un repère, un langage commun, un centre de gravité.
Plus le temps passe, plus cette organisation peut devenir difficile à remettre en question car toute modification importante du problème implique également une modification de la relation construite autour de lui. C’est précisément là que certaines situations commencent à se compliquer.
Le système ne résiste pas seulement au changement du symptôme. Il se confronte parfois durement au changement de l’équilibre relationnel qui s’est construit autour du symptôme.
Le piège du sauvetage et de la réassurance
Parmi les mécanismes les plus fréquents observés dans les relations d’aide figure celui du sauvetage. Il naît presque toujours d’une intention généreuse. Lorsqu’une personne souffre, il paraît naturel de vouloir la rassurer, la protéger, de réduire son inquiétude, et de vouloir lui éviter davantage de souffrance.
Ces réactions sont profondément humaines. Elles sont souvent utiles bien qu’elles peuvent parfois produire des effets inattendus. Prenons l’exemple d’une personne extrêmement anxieuse. À chaque montée d’angoisse, elle cherche à vérifier qu’elle ne court aucun danger.
Son entourage la rassure, ainsi que ses proches et son thérapeute. Pendant quelques heures, parfois quelques jours, l’anxiété diminue puis elle revient. La personne cherche alors une nouvelle confirmation, nue nouvelle preuve, une nouvelle explication, une nouvelle réassurance.
Un cercle commence alors à se former.
Le soulagement obtenu grâce à la rassurance devient lui-même un facteur qui encourage la recherche future de réassurance. Autrement dit, ce qui soulage momentanément peut contribuer à maintenir le mécanisme global.
Cette logique est aujourd’hui bien documentée dans les travaux portant sur les troubles anxieux, mais elle dépasse largement le domaine de l’anxiété. On la retrouve dans les conflits conjugaux, dans certaines relations parents-enfants, comme dans certaines organisations professionnelles et, parfois dans certaines relations thérapeutiques. Plus une personne tente d’être sauvée, plus elle peut avoir besoin de l’être.
Plus une autre personne tente de sauver, plus elle peut se sentir obligée de continuer à agir ainsi. Sans que personne ne l’ait voulu, une boucle de dépendance réciproque commence à se mettre en place. La relation reste active, la souffrance reste présente, et chacun travaille sincèrement à résoudre le problème.
Pourtant le système continue à produire le même résultat.
Comprendre n’est pas toujours transformer
Dans de nombreuses cultures occidentales, une idée s’est progressivement imposée : pour résoudre un problème, il faudrait d’abord le comprendre. Cette croyance paraît tellement évidente qu’elle est rarement discutée. Lorsqu’une difficulté persiste, nous cherchons spontanément une explication.
- Pourquoi suis-je anxieux ?
- Pourquoi ce conflit se répète-t-il ?
- Pourquoi est-ce toujours la même chose ?
- Pourquoi n’arrive-je pas à changer ?
Ces questions sont légitimes et ont parfois une véritable utilité. Le problème apparaît lorsque la recherche d’explications devient progressivement l’activité principale du système. Comprendre et transformer sont deux processus différents. Une personne peut parfaitement comprendre l’origine de son problème sans parvenir à le modifier.
À l’inverse, certaines personnes changent profondément certains comportements sans avoir identifié avec précision toutes les causes de leur apparition. L’histoire des psychothérapies est d’ailleurs traversée par cette tension permanente entre compréhension et changement.
Certaines approches accordent une place centrale à l’exploration du passé. D’autres privilégient les interactions présentes. Certaines cherchent les causes, et d’autres cherchent les mécanismes de maintien. Aucune de ces orientations n’est absurde, mais elles ne produisent pas les mêmes effets.
L’approche systémique s’est progressivement intéressée à une question particulière : que se passe-t-il lorsque l’effort de compréhension devient lui-même un élément du problème ?
Cette interrogation peut paraître dérangeante. Pourtant, elle correspond à une réalité observable. Imaginons une personne qui consulte depuis plusieurs années. Chaque séance est consacrée à l’analyse de son histoire.
De nouveaux souvenirs apparaissent. De nouvelles hypothèses émergent. De nouvelles interprétations sont construites. Le récit devient de plus en plus détaillé, sophistiqué, et cohérent. Mais si la vie quotidienne change peu, la souffrance demeure.
Dès lors, les comportements se répètent, et les relations restent semblables. Dans une telle situation, la question systémique n’est pas de savoir si les explications sont vraies ou fausses. La question est différente.
Que produit concrètement cette recherche permanente d’explications, favorise t’elle un changement, ou contribue-t-elle à maintenir le système dans une activité intellectuelle qui remplace progressivement l’action ?
Cette distinction est fondamentale car une relation thérapeutique peut parfois devenir un espace extraordinairement performant pour comprendre le problème sans jamais parvenir à modifier les mécanismes qui le reproduisent.
Quand chacun devient prisonnier de son rôle
Une autre dynamique apparaît fréquemment dans les relations thérapeutiques de longue durée. Progressivement, chacun apprend à occuper une place particulière. Le patient apprend à l’être, et le thérapeute apprend à être le professionnel. Cependant, cette phrase peut sembler étrange.
Elle décrit un phénomène bien connu en sociologie et dans les sciences des organisations. Toute relation durable tend à produire des rôles lesquelles facilitent les interactions, rendent les comportements prévisibles, réduisent l’incertitude, et permettent au système de fonctionner.
Pour autant ils peuvent également devenir rigides. Ainsi, dans certaines situations, le patient finit par devenir principalement celui qui souffre, qui cherche, qui consulte, et qui a besoin d’aide. Pendant ce temps, le thérapeute devient celui qui écoute, qui analyse, qui guide, et qui aide.
ant que cette organisation favorise un mouvement vers davantage d’autonomie, elle ne pose aucun problème particulier. La difficulté apparaît lorsque le maintien de ces rôles devient plus important que leur transformation. En effet, toute amélioration significative implique une modification de la relation.
Une personne moins dépendante de l’aide n’occupe plus exactement la même place. Une personne qui n’a plus besoin d’être guidée modifie inévitablement l’équilibre du système. Encore une fois, il ne s’agit pas d’une intention consciente.
La plupart du temps, personne ne souhaite maintenir cette situation mais les systèmes humains ne fonctionnent pas principalement à partir des intentions mais d’interactions répétées. D’ailleurs, certaines interactions finissent par fabriquer des équilibres extrêmement stables, même lorsque tout le monde affirme vouloir les changer.
Les boucles invisibles du couple thérapeute/patient
Pour comprendre ce phénomène, il faut abandonner un instant l’idée de causalité linéaire laquelle pose généralement une question simple :
- Qui produit quoi ?
- Qui est responsable ?
- Quelle est la cause ?
L’approche systémique pose une autre question : comment les comportements s’influencent-ils mutuellement ?
Prenons un exemple simplifié. Une personne souffre d’un problème qui l’inquiète. Elle consulte. Le thérapeute écoute et rassure. La personne se sent momentanément soulagée. Du coup, lorsqu’une nouvelle difficulté apparaît, elle revient consulter, et le thérapeute poursuit son travail.
La personne obtient un nouveau soulagement, et le cycle recommence. Vu de l’extérieur, chacun semble accomplir exactement ce qu’il devrait faire. Pourtant, une boucle est en train de se construire. L’inquiétude produit une demande d’aide qui produit un soulagement lequel renforce la recherche future d’aide qui confirme l’importance de l’inquiétude.
L’inquiétude réapparaît, et le cycle recommence. Personne ne contrôle réellement ce processus, ni ne l’a conçu et souhaité, mais il existe.
Pplus il se répète, plus il tend à se stabiliser. C’est précisément ce type de mécanisme que les chercheurs du Mental Research Institute de Palo Alto ont étudié pendant plusieurs décennies. Leur hypothèse n’était pas que les personnes étaient irrationnelles. Leur postulat était beaucoup plus intéressant.
Les comportements qui entretiennent un problème sont souvent les mêmes que ceux qui cherchent sincèrement à le résoudre. Autrement dit, certaines solutions deviennent progressivement une partie du problème. Cette idée peut paraître contre-intuitive. Pourtant, elle est observable dans d’innombrables domaines.
Plus certains parents contrôlent un adolescent, plus celui-ci cherche à échapper au contrôle. Plus certains managers renforcent les procédures, plus les équipes développent des stratégies de contournement. Plus certains couples cherchent à éliminer les conflits, plus les tensions deviennent difficiles à exprimer. Plus une relation thérapeutique tente de neutraliser un problème particulier, plus ce dernier devient central dans l’organisation de la relation.
Pourquoi ce phénomène est souvent invisible
Si ces mécanismes existent, pourquoi sont-ils si difficiles à repérer ?
La réponse est relativement simple. Les acteurs observent généralement le contenu des échanges plutôt que leur structure. Ils regardent ce qui se dit, et rarement ce qui se répète. Or, les systèmes humains se révèlent souvent davantage dans leurs répétitions que dans leurs discours.
Une personne peut raconter des histoires très différentes d’une séance à l’autre. Les thèmes peuvent changer, les événements varier, et les émotions fluctuer. Pourtant, la structure relationnelle peut rester remarquablement stable. Les mêmes questions reviennent, les mêmes réponses apparaissent.
Alors, les mêmes attentes se reforment, des inquiétudes identiques réapparaissent, et les mêmes tentatives de solution sont mobilisées. À force de répétition, ces séquences deviennent invisibles. Comme un bruit de fond ou un décor permanent. Cela devient quelque chose qui semble précisément normal parce qu’il est toujours présent.
L’une des forces de l’approche systémique consiste justement à déplacer le regard. Au lieu de demander uniquement pourquoi cela arrive-t-il, elle s’intéresse à la question de savoir comment cela continue.
La différence paraît minime. En réalité, elle change complètement la nature de l’enquête.
Il ne s’agit pas d’accuser les thérapeutes
À ce stade, un malentendu doit être évité. L’objectif de cette analyse n’est pas de critiquer les thérapeutes. Les recherches montrent au contraire que la psychothérapie aide de nombreuses personnes à améliorer leur qualité de vie, à réduire certains symptômes, et à traverser des périodes particulièrement difficiles.
Le problème n’est donc pas la thérapie, le thérapeute, ni même pas le patient. Le véritable objet de l’enquête est la relation elle-même. En effet, une relation possède des propriétés qui dépassent largement les caractéristiques individuelles de ceux qui la composent.
Deux personnes intelligentes peuvent construire une dynamique inefficace. Deux personnes bienveillantes peuvent entretenir une boucle problématique. Deux personnes compétentes peuvent participer à un mécanisme de stabilisation malgré elles. Cette réalité est inconfortable parce qu’elle nous éloigne des explications habituelles.
Nous préférons souvent identifier un responsable, un fautif, une erreur, ou une défaillance. L’approche systémique propose une autre voie. Observer les interactions, les répétitions, les effets produits pour, enfin, se demander :
- Qu’est-ce que le système encourage ?
- Qu’est-ce qu’il décourage ?
- Qu’est-ce qu’il rend probable ?
- Qu’est-ce qu’il rend difficile ?
C’est souvent à cet endroit que commencent à apparaître les véritables leviers de transformation.
Comment retrouver une marge de manœuvre ?
Si certaines relations thérapeutiques peuvent parfois s’organiser autour du problème qu’elles cherchent à résoudre, faut-il en conclure qu’il serait préférable d’éviter toute démarche thérapeutique ? Certainement pas. La véritable question est ailleurs. Elle consiste à identifier les moments où la relation cesse progressivement d’être un levier de transformation pour devenir un espace de stabilisation.
Cette distinction est rarement évidente. Elle ne dépend pas du nombre de séances et pas davantage de l’ancienneté de la relation. Certaines thérapies très longues produisent des changements considérables, et certaines thérapies brèves n’en produisent aucun.
Le critère pertinent se situe ailleurs. Il concerne la direction du mouvement :
- La personne dispose-t-elle progressivement de davantage de liberté ?
- Développe-t-elle de nouvelles capacités d’action ?
- Observe-t-elle des changements concrets dans sa vie quotidienne ?
- Les interactions problématiques diminuent-elles ?
A moins que la relation thérapeutique devienne progressivement le principal lieu où le problème est travaillé sans jamais être réellement déplacé ? Cette question n’appelle pas une réponse binaire. Elle invite plutôt à une vigilance particulière.
En effet, dans une perspective systémique, plusieurs indicateurs peuvent mériter d’être observés.
Le premier concerne la répétition. Lorsqu’une même analyse revient régulièrement sans produire d’effet observable, il peut être utile d’interroger la fonction de cette répétition. Le deuxième concerne la dépendance. Plus une personne développe sa capacité à agir en dehors de la relation thérapeutique, plus la thérapie remplit sa fonction.
À l’inverse, lorsque toute décision importante semble devoir être validée, expliquée ou traitée dans le cadre de la relation, une question mérite d’être posée : que produit exactement cette organisation ?
Le troisième concerne le déplacement du regard. Une thérapie qui favorise le changement aide souvent la personne à observer les interactions qui entretiennent la difficulté. Une thérapie qui tourne en rond risque davantage de concentrer l’attention sur les explications elles-mêmes.
Le centre de gravité n’est plus le même. Dans un cas, l’objectif consiste à modifier des mécanismes. Dans l’autre, l’objectif devient parfois la compréhension infinie de ces mécanismes. Or, comprendre n’est pas toujours transformer.
Une leçon qui dépasse largement la psychothérapie
L’intérêt de cette réflexion dépasse très largement le domaine thérapeutique. Le piège que nous venons de décrire apparaît dans d’innombrables situations humaines. Par exemple, on le retrouve dans les couples. Deux personnes cherchent sincèrement à résoudre leurs conflits. À force d’en parler, le conflit devient parfois le principal organisateur de la relation.
On le retrouve dans les familles. Des parents cherchent à protéger un enfant. À force de protection, l’autonomie devient de plus en plus difficile. On retrouve ce phénomène dans les organisations. Une entreprise cherche à contrôler les erreurs. À force de contrôle, les collaborateurs consacrent davantage d’énergie à éviter les sanctions qu’à créer de la valeur.
On le retrouve dans les institutions. Une administration cherche à réduire les risques. À force de procédures, elle ralentit parfois les mécanismes qu’elle souhaitait sécuriser.
Dans chacun de ces exemples, le problème n’est pas l’intention lesquelles sont – souvent – excellentes.
Le problème réside dans les effets produits par l’interaction répétée de ces intentions. C’est précisément ce que l’approche systémique invite à observer. Elle nous éloigne de la recherche du coupable. comme de la recherche de la cause unique.
Elle nous invite à regarder les boucles, les rétroactions, les régulations, les équilibres et, surtout, les mécanismes qui permettent à un problème de survivre malgré tous les efforts déployés pour le résoudre.
Conclusion
Le piège du couple thérapeute/patient ne réside pas dans la thérapie elle-même. Il ne réside pas davantage dans le thérapeute ou dans le patient. Il apparaît lorsque la relation commence progressivement à s’organiser autour du problème au lieu de favoriser une transformation de la relation au problème.
Cette nuance est essentielle. Les systèmes humains possèdent une propriété étonnante. Ils savent parfois préserver ce qu’ils prétendent vouloir changer, non par mauvaise volonté, manipulation, ou incompétence, mais parce que certaines tentatives de solution produisent involontairement les conditions de leur propre reproduction.
C’est précisément pour cette raison qu’une analyse systémique ne demande pas seulement pourquoi ce problème existe mais également qu’est-ce qui continue à le faire exister aujourd’hui ?
La différence paraît discrète. Cependant, elle change complètement la nature de l’enquête et parfois, elle ouvre des possibilités de changement qui demeuraient invisibles jusque-là.
Foire aux questions – FAQ
Références et ressources
Références scientifiques et ressources documentaires
- Horvath, A. O. & Greenberg, L. S. (1989) – Development and Validation of the Working Alliance Inventory.
- Flückiger, C., Del Re, A. C., Wampold, B. E. & Horvath, A. O. (2018) – The Alliance in Adult Psychotherapy : A Meta-Analytic Synthesis.
- Paul Watzlawick, John Weakland & Richard Fisch – Changements : paradoxes et psychothérapie.
- Gregory Bateson – Vers une écologie de l’esprit.
- Don D. Jackson – Travaux sur les interactions, la communication et la thérapie familiale.
- Mental Research Institute – Recherches fondatrices sur les approches interactionnelles et systémiques.

Frédéric Arminot est analyste systémique, éditorialiste pour Noos et superviseur de l’IA Noos.
Formé à l’approche stratégique de Palo Alto, il explore depuis plus de vingt ans les mécanismes invisibles qui structurent les comportements humains, les organisations et les phénomènes sociaux.
À travers Noos, il publie des analyses fondées sur la théorie des systèmes, la cybernétique et les sciences de la communication afin d’éclairer les problèmes complexes de notre époque.

