L’essentiel en 30 secondes

Le Problème : La mine d’or des échecs répétés

Depuis le milieu des années 90, le Mental Research Institute (MRI) de Palo Alto a documenté près de 5000 configurations systémiques. Cette base de données unique n’est pas une simple liste, mais une cartographie précise de toutes les façons dont les humains s’enferment dans des problèmes persistants. Le constat est sans appel : nous ne souffrons pas de l’absence de solutions, mais de l’application répétée de solutions inefficaces qui finissent par créer le problème lui-même.

Le Concept Clé : L’algorithme des interactions humaines

Le protocole MRI fonctionne comme un algorithme de fouille : il ne cherche pas ce qui se passe dans les personnes (psychologie), mais ce qui circule entre elles (interactions). En utilisant le micro-découpage interactionnel (Déclencheur → Réponse → Tentative → Escalade), la méthode identifie la logique structurelle du système. Si l’on change la logique des interactions, on transforme l’état interne des acteurs sans avoir besoin de les convaincre.

Famille de Pattern Fréquence Mécanique Systémique
Amplification 32% La solution tente d’éteindre le feu avec de l’essence.
Évitement 21% Le soulagement immédiat prépare un choc futur plus grand.
Paradoxaux 18% Double contrainte : « Sois spontané !« 
Contrôle 15% Plus on serre le sable, plus il s’échappe.

L’Application : La grille noos.media en 6 étapes

Pour exploiter cette bibliothèque de patterns, nous utilisons une grille d’intervention minimale :

  • Identifier la fonction du symptôme : Le blocage n’est pas absurde, il sert souvent à réguler une peur ou à maintenir un équilibre précaire.
  • Repérer la solution tentée dominante : Quel est l’effort conscient fait pour résoudre le problème qui, paradoxalement, le maintient en vie ?
  • Intervention minimale : Chercher le plus petit mouvement illogique (recadrage, paradoxe, arrêt de la solution) capable de gripper la boucle d’escalade.

Note méthodologique : Cette approche cybernétique permet d’anticiper les points de bascule et de proposer des ruptures de patterns avant que le système ne s’effondre.

Introduction : Cartographier l’invisible

Au milieu des années 90 le Mental Research Institute (MRI) de Palo Alto commence à systématiser ses observations de terrain, les chercheurs n’avaient pas l’ambition de créer une base de données.

Ils voulaient simplement résoudre mieux, plus vite, et plus précisément. Mais à force de vouloir solutionner, ils ont fini par s’apercevoir qu’ils étaient assis sur une mine d’or.

Des milliers de micro-architectures interactionnelles, capturées, décrites, classées, comme si l’on avait mis en bibliothèque toutes les façons dont les humains apprennent à s’enfermer ou à s’en sortir.

Depuis 1995, le MRI a ainsi documenté près de 5000 configurations systémiques, soit l’un des corpus les plus riches jamais constitués sur les dynamiques d’escalade, de résistance au changement, de circularité et d’autorégulation dysfonctionnelle.

Ces configurations sont issues de la littérature MRI, des archives du Brief Therapy Center, et de la pratique clinique documentée depuis le milieu des années 90. Elles ne constituent pas une base de données centralisée accessible au public, mais représentent l’accumulation structurée de cas, publications et interventions systémiques.

Cet article propose :

  • une présentation claire du protocole MRI, tel qu’il structure et formalise les données,
  • une analyse des critères de codage (boucles, tentatives de solution, escalades, recadrages),
  • une lecture exploitable pour quiconque souhaite s’emparer de cette base comme d’un véritable laboratoire d’ingénierie comportementale.

Si la psychologie traditionnelle observe les individus, le MRI observe les interactions.

Si la psychologie classique mesure les symptômes, le MRI mesure ce qui entretient le système.

Et c’est là toute sa puissance.

1. Le protocole MRI : Une archéologie des interactions

Le protocole n’a rien d’un manuel rigide. C’est un algorithme humain, une procédure de fouille systématique de ce qui circule dans les relations, et non de ce qui se passe dans les personnes.

Il repose sur trois intuitions fondamentales :

1. Les problèmes persistent à cause des solutions tentées.

La répétition d’une solution inefficace – typiquement intensifiée – crée le problème.

2. Les systèmes humains fonctionnent selon des patterns récurrents.

Une famille en crise, une équipe en conflit, un couple au bord de la rupture : les motifs se ressemblent.

3. Le changement se produit en modifiant la logique du système, pas l’état interne des acteurs.

Agir sur les interactions correspond à une transformation structurelle.

De ces trois intuitions, le MRI a tiré un protocole qui, aujourd’hui encore, sert de colonne vertébrale à la plupart des approches systémiques.

2. La méthode de collecte : du terrain vers la modélisation

Dès 1995, l’objectif du MRI n’était pas de comprendre, mais de documenter.

Les chercheurs – Weakland, Fisch, Watzlawick, puis leurs successeurs – ont appliqué le même processus :

Étape 1 – Documentation en temps réel

Chaque consultation, intervention, supervision, réunion d’équipe était systématiquement archivée.

Pas seulement le contenu, mais ce qui se répète.

Exemple de données enregistrées :

  • séquences d’escalade verbale,
  • tentatives de solution redondantes,
  • réactions émotionnelles disproportionnées,
  • repositionnements relationnels,
  • ruptures de pattern,
  • indices de recadrage spontané.

Étape 2 – Micro-découpage interactionnel

Les éléments étaient découpés en micro-unités :

  • déclencheur
  • réponse
  • tentative de solution
  • escalade / stagnation
  • régulation
  • effondrement / bascule
  • émergence d’une alternative

Ce découpage fin permettait de transformer le chaos humain en matière modélisable.

Étape 3 – Codage standardisé

Chaque fragment était codé selon un ensemble de catégories :

Catégorie A – Type de boucle

  • boucle de renforcement,
  • boucle paradoxale,
  • boucle double contrainte,
  • boucle compensatoire,
  • boucle d’amplification.

Catégorie B – Nature de la tentative de solution

  • intensification,
  • évitement,
  • contrôle,
  • rationalisation,
  • délégation,
  • substitution.

Catégorie C – Position relationnelle

  • supérieur → inférieur,
  • inférieur → supérieur,
  • symétrique,
  • complémentaire rigide,
  • méta-communication implicite.

Catégorie D – Indicateurs de changement

  • rupture du pattern,
  • émergence d’un paradoxe constructif,
  • redéfinition de la situation,
  • acte stratégique,
  • prise de risque minimale.

Étape 4 – Indexation

Les patterns étaient ensuite classés par :

  • typologie du problème (angoisse, conflit, dépendance, retrait social, autorité…)
  • contexte (famille, couple, entreprise, institution)
  • architecture interactionnelle (symétrique, complémentaire, hybride)
  • type de boucle
  • indicateurs d’efficacité des interventions

Résultat : une base consultable, traversable, analysable, offrant une vision transversale des dynamiques humaines.

3. Les 5000 configurations systémiques : Une cartographie du vivant

Imaginez un atlas où chaque page décrirait une micro-météo humaine :

  • des orages de communication,
  • des marées émotionnelles,
  • des anticyclones relationnels.

C’est exactement ce que constitue l’ensemble des 5000 configurations répertoriées.

Elles se répartissent en cinq grandes familles :

Famille 1 – Les systèmes d’amplification (≈ 32 % de la base)

Boucles où chaque tentative de résolution nourrit le problème.

Exemples :

  • parent qui rassure un enfant anxieux → augmentation de l’anxiété
  • manager qui contrôle un collaborateur → baisse d’autonomie → nouveau contrôle
  • partenaire qui questionne l’autre pour être rassuré → suspicion accrue

C’est la métaphore de l’extincteur rempli d’essence.

Famille 2 – Les systèmes d’évitement (≈ 21 %)

L’évitement est tenté pour réduire la tension, mais augmente la charge à long terme.

Exemples :

  • éviter les discussions,
  • éviter les décisions,
  • éviter les situations génératrices de stress.

C’est comme repousser une vague qui finit toujours par revenir, mais plus grande.

Famille 3 – Les systèmes paradoxaux (≈ 18 %)

Les messages double contrainte entraînent des comportements impossibles.

Exemple classique :

« Sois spontané »

Ou encore :

« Fais ce que tu veux, mais tu sais ce qui me ferait plaisir »

Ce qui équivaut à demander à quelqu’un de se lever en restant assis.

Famille 4 – Les systèmes de contrôle (≈ 15 %)

Plus on tente de maîtriser, plus le système devient incontrôlable.

Exemples :

  • jalousie,
  • micromanagement,
  • surveillance parentale excessive.

Il s’agit là de serrer du sable dans sa main. Plus on presse, plus ça fuit.

Famille 5 – Les systèmes de substitution (≈ 14 %)

Le système remplace une difficulté par une autre, souvent plus acceptable socialement.

Exemples :

  • addiction → défense contre le vide existentiel,
  • hyperactivité → masque de l’inhibition,
  • surinvestissement → compensation.

C’est exactement comme changer la fuite d’une pièce pour masquer la fuite d’une autre, sans réparer la canalisation principale.

4. Comment exploiter ces patterns : La grille d’analyse avancée noos.media

La question centrale :

Peut-on utiliser cette base pour modéliser, diagnostiquer, anticiper, voire réparer des systèmes humains ?

  • Réponse courte : oui.
  • Réponse longue : oui, mais stratégiquement.

Voici la grille d’exploitation, inspirée du protocole MRI, mais structurée pour une utilisation contemporaine.

Étape 1 – Identifier la nature de la boucle

  • Tout problème → une boucle.
  • Tout changement → une rupture de boucle.

Questions-clés :

  • Qu’est-ce qui se répète ?
  • Qui fait quoi, quand, et en réaction à quoi ?
  • Quelle est la tentative de solution dominante ?

Étape 2 – Repérer la fonction du symptôme

Le MRI l’a documenté 5000 fois :

le symptôme n’est jamais absurde. Il régule quelque chose.

Fonctions possibles :

  • éviter un conflit,
  • maintenir un équilibre relationnel,
  • préserver une identité,
  • empêcher une décision,
  • conserver un lien.

Étape 3 – Définir le pattern comme une suite d’actions

Pas de psychologie ni d’intentions. Uniquement des séquences.

Exemple type :

  1. A exprime une inquiétude
  2. B réassure
  3. A augmente son inquiétude
  4. B intensifie la réassurance
  5. Boucle

Étape 4 – Classer dans la typologie MRI

À ce stade, on peut rattacher la configuration à l’une des 5000 patterns théoriques répertoriés.

C’est ici que la base devient un outil prédictif.

Par analogie structurelle, on peut :

  • anticiper les escalades,
  • repérer les points de bascule,
  • proposer des actes de recadrage adaptés.

Étape 5 – Identifier le point d’intervention minimal

Dans la logique MRI, un petit mouvement peut casser une grande boucle.

Exemples :

  • changer l’ordre des interactions,
  • introduire un paradoxe,
  • réduire une tentative de solution,
  • proposer un comportement inattendu,
  • créer un déplacement symbolique.

Imaginez alors un grain de sable qui dérègle une machine bien huilée.

Étape 6 – Tester → observer → ajuster

Le MRI fonctionne comme un système cybernétique :

  • on modifie un paramètre,
  • on observe la rétroaction,
  • on ajuste.

Ce n’est pas un modèle théorique figé, c’est un dispositif vivant.

Comment Noos Systemic utilise ce modèle

L’outil d’analyse systémique de Noos Systemic s’appuie sur ces 5 familles de patterns (amplification, évitement, paradoxe, contrôle, substitution) comme gabarits d’analyse pour modéliser vos propres systèmes.

Concrètement :

  • Vous décrivez une situation relationnelle, professionnelle ou familiale
  • L’assistant identifie les boucles de rétroaction et les tentatives de solution
  • Il rattache votre configuration à l’une des 5 familles typologiques
  • Il propose des interventions paradoxales ou des micro-perturbations stratégiques

L’objectif : transformer le chaos interactionnel en mécanique lisible, puis en stratégie d’intervention précise.

→ Accéder à l’outil d’analyse systémique

5. Pourquoi cette base est précieuse aujourd’hui

Trois raisons majeures.

1. Parce que les dynamiques humaines se répètent.

Changer d’époque ne change pas les patterns.

Le contrôle reste du contrôle. L’escalade reste une escalade. Le paradoxe reste un paradoxe.

C’est la forme qui évolue, pas la logique.

2. Parce que cette base offre une granularité unique.

5000 configurations, ce sont 5000 façons de comprendre comment un système se dérègle, et comment il peut se réparer.

C’est une bibliothèque du vivant relationnel.

3. Parce que le monde moderne est devenu systémique

Organisations, réseaux sociaux, collectifs, gouvernances, familles recomposées, les interactions se sont densifiées.

Plus d’interactions = plus de boucles = plus de risques systémiques.

Avoir une cartographie précise est devenu une nécessité stratégique.

Ressources complémentaires

Ouvrages fondateurs du MRI

  • Watzlawick, P., Weakland, J., & Fisch, R. (1974). Change: Principles of Problem Formation and Problem Resolution. W.W. Norton & Company.
  • Fisch, R., Weakland, J., & Segal, L. (1982). The Tactics of Change: Doing Therapy Briefly. Jossey-Bass.
  • Watzlawick, P., Beavin, J., & Jackson, D. (1967). Pragmatics of Human Communication: A Study of Interactional Patterns, Pathologies and Paradoxes. W.W. Norton & Company.

Centre de recherche

Sur Noos Systemic

6. Le sismographe des relations humaines

Le MRI n’a pas inventé les tremblements relationnels. Il les a mesurés.

Chaque configuration systémique documentée depuis 1995 est comme un microséisme, capturé, analysé, codé, rangé.

On pourrait croire que cela ne sert qu’aux thérapeutes.

Erreur : cela sert à tous ceux qui travaillent avec des humains, c’est-à-dire absolument tout le monde.

Car comprendre une dynamique, ce n’est pas comprendre une personne. C’est comprendre ce qui l’empoigne, ce qui l’entraîne, ce qui la maintient dans un mouvement involontaire.

Grâce à cette base, le réel cesse d’être opaque. Les interactions cessent d’être mystérieuses, et les systèmes cessent d’être des fatalités.

On sait enfin où frapper, où intervenir, où bouger.

Le MRI n’a pas catalogué des problèmes. Il a cartographié les mécanismes de la liberté.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le protocole MRI ?

Le protocole MRI (Mental Research Institute) est une méthode de documentation et d’analyse systématique des patterns interactionnels développée à Palo Alto depuis 1995.

Il repose sur l’observation des boucles de rétroaction, des tentatives de solution redondantes et des positions relationnelles qui maintiennent les problèmes. Près de 5000 configurations ont été documentées depuis.

Quelles sont les 5 familles de configurations systémiques ?

Les 5 familles sont :

  1. Systèmes d’amplification (32% – chaque tentative nourrit le problème),
  2. Systèmes d’évitement (21% – repousser la tension l’amplifie),
  3. Systèmes paradoxaux (18% – double contrainte),
  4. Systèmes de contrôle (15% – plus on contrôle, plus ça fuit),
  5. Systèmes de substitution (14% – remplacer un problème par un autre).

Comment utiliser ces patterns pour analyser un système ?

Grille d’analyse en 6 étapes :

  1. Identifier la nature de la boucle (ce qui se répète),
  2. Repérer la fonction du symptôme (ce qu’il régule),
  3. Définir le pattern comme suite d’actions,
  4. Classer dans la typologie MRI,
  5. Identifier le point d’intervention minimal,
  6. Tester, observer, ajuster.

L’outil d’analyse Noos Systemic automatise ce processus.