Tentatives de solution : Quand résoudre aggrave le problème
Identifier les actions logiques qui maintiennent les problèmes au lieu de les résoudre.
Introduction : Quand l’action devient le carburant du blocage
Lorsqu’un problème persiste, le réflexe dominant est toujours le même, agir davantage.
- Plus de réunions.
- Plus de contrôle.
- Plus de communication.
- Plus de procédures.
- Plus d’outils.
Et pourtant, dans une grande partie des systèmes humains en difficulté, le problème ne persiste pas malgré les actions entreprises, mais à cause d’elles.
C’est ce que l’approche du Mental Research Institute (MRI) a formalisé sous un concept central : la tentative de solution.
Une tentative de solution n’est pas une erreur, c’est une réponse logique, cohérente, souvent bien intentionnée.
Répétée dans un contexte donné, elle devient le mécanisme principal de maintien du problème.
Définition : Qu’est-ce qu’une tentative de solution ?
Une tentative de solution est une action mise en place pour résoudre un problème qui, par sa répétition ou son escalade, contribue à le maintenir ou à l’aggraver.
Elle se distingue d’une mauvaise décision ponctuelle par trois caractéristiques clés :
- elle est logique du point de vue des acteurs,
- elle est socialement validée,
- elle est répétée malgré l’absence de résultats durables.
Autrement dit, ce n’est pas l’action qui pose problème, c’est sa persistance.
Le principe clé : Quand ça ne marche pas, on fait plus de la même chose
Le mécanisme est presque universel. Face à l’échec d’une solution :
- on intensifie l’action,
- on accélère le rythme,
- on élargit son périmètre.
Ce phénomène s’appelle l’escalade de la tentative de solution. La logique est simple :
« Si ça ne marche pas, c’est que nous n’en faisons pas assez »
Mais, dans un système bloqué, cette logique alimente précisément la boucle qui empêche le changement.
Pourquoi les tentatives de solution sont si difficiles à voir
Les tentatives de solution sont invisibles pour trois raisons structurelles.
1. Elles sont rationnelles
Elles reposent sur du bon sens, de l’expérience, des standards professionnels. Elles sont rarement absurdes ou incohérentes.
2. Elles sont valorisées
Agir est socialement mieux vu que ne rien faire. Questionner l’action revient souvent à être perçu comme passif, critique ou négatif.
3. Elles produisent un soulagement temporaire
La tentative de solution calme la tension à court terme :
- on a l’impression de reprendre le contrôle,
- on montre que l’on agit,
- on reporte l’inconfort.
Ce soulagement empêche de voir que le problème revient souvent amplifié.
Les 5 signaux qu’une solution est devenue nocive
1. Escalade automatique
Quand la solution ne fonctionne pas, la seule réponse envisagée est plus de la même chose.
2. Soulagement sans résolution
La situation s’apaise brièvement, puis revient sous une autre forme ou avec plus d’intensité.
3. Consensus excessif
Tout le monde est d’accord sur la solution. La remettre en question devient impensable ou risqué.
4. Déplacement du problème
Le problème semble changer de visage (personne, service, symptôme) mais la structure reste identique.
5. Usure des acteurs
Fatigue, cynisme, désengagement apparaissent sans que la situation objective ne s’améliore.
Exemple : Le contrôle qui détruit la responsabilité
Situation : des erreurs répétées dans une équipe.
Tentative de solution : renforcer les contrôles, multiplier les validations.
Effet : les collaborateurs prennent moins d’initiatives, attendent les validations, se déresponsabilisent.
Résultat : plus d’erreurs, plus lentes, plus coûteuses.
Le contrôle ne corrige pas le problème.
Il devient le mécanisme central qui l’entretient.
Ce que l’approche MRI change radicalement
L’approche systémique ne demande pas :
« Quelle est la bonne solution ? »
Elle demande :
- « Quelle solution est déjà en train d’échouer ? »
- « Que se passe-t-il si on arrête de la renforcer ? »
Le premier levier de changement n’est pas l’ajout, mais la soustraction.
Arrêter d’agir : Une intervention contre-intuitive
Dans de nombreux cas documentés au MRI, le changement commence lorsque :
- une action est suspendue,
- une règle implicite est interrompue,
- une réponse automatique est retirée.
Ce retrait crée une instabilité temporaire, mais ouvre un espace où le système peut se réorganiser autrement.
Ce que cette page permet de faire
- repérer les actions qui maintiennent un problème,
- cesser d’escalader des solutions inefficaces,
- préparer une intervention minimale ciblée,
- éviter les changements massifs inutiles.
Cette page ne propose pas de recettes.
Elle fournit un outil de lucidité.
Articulation avec la méthode Noos Systemic
- Étape 1 : identifier le blocage via la grille MRI
- Étape 2 : repérer les tentatives de solution (cette page)
- Étape 3 : concevoir une intervention minimale
Conclusion : Le courage de faire moins
Les systèmes humains ne changent pas parce qu’on leur explique.
Ils changent lorsque leurs boucles de maintien sont perturbées.
Identifier une tentative de solution, c’est accepter une idée difficile :
- Ce que nous faisons avec les meilleures intentions peut être exactement ce qui empêche la situation d’évoluer.
C’est le point de bascule entre agir plus et agir autrement.