Glossaire : systémique, cybernétique & communication
90 termes, classés de A à Z. Utilisez la recherche ou cliquez sur une lettre.
A
Amplification de déviance
Quand une tentative de correction augmente l’écart initial : « plus je corrige, plus ça dérive ». Carburant classique des spirales d’échec.
Analyse systémique
Lecture d’un problème via interactions, boucles et contexte. On ne cherche pas la cause, on cherche ce qui maintient.
Autoréférence
Le système se valide par lui-même : ses règles deviennent preuve de ses règles. Très stable mais parfois totalement irrationnel.
Autopoïèse
Capacité d’un système à se reproduire et se maintenir. Il préfère souvent sa cohérence à ton confort (et il le fait très bien).
B
Biais de linéarité
Tendance à expliquer par une cause simple et directe. Utile pour réparer une chaise, toxique pour comprendre un système humain.
Boucle interactionnelle
Suite répétitive action↔réaction : chacun répond et, ensemble, ils produisent le problème. Le coupable unique est souvent un mythe.
Boucle de rétroaction
Les effets reviennent modifier ce qui les a causés. Négative = stabilise. Positive = amplifie. Deux moteurs, pas deux morales.
Bruit
Tout ce qui perturbe la transmission d’un signal. Dans les relations : le bruit est souvent de l’implicite (et il crie très fort).
C
Changement de type 1
On modifie selon les règles existantes : ajustements, efforts, optimisation. Efficace jusqu’à saturation du système.
Changement de type 2
On modifie les règles du jeu : recadrage, inversion, rupture de logique. Le verrou saute parce qu’on change la serrure.
Communication analogique
Le relationnel : ton, posture, timing, silence. Ça dit “qui est qui” et “ce qu’on est en train de faire ensemble”.
Communication digitale
Le contenu : mots, chiffres, faits. Précis mais aveugle à la relation si on l’utilise comme une massue.
D
Définition du problème
Formulation opérationnelle : quoi, pour qui, quand, selon quels critères ? Une mauvaise définition fabrique des solutions inutiles.
Dépendance au contrôle
Plus on contrôle, plus on doit contrôler. Le système devient addict à ses propres béquilles.
Double contrainte
Deux injonctions incompatibles + impossibilité d’en parler : quoi que tu fasses, tu as tort. Piège relationnel, pas énigme logique.
Dissonance cognitive
Inconfort entre croyances et actes. Le cerveau réduit l’écart souvent en tordant l’interprétation plutôt qu’en changeant l’action.
E
Écologie d’une solution
Impact global : ce que ça résout, ce que ça abîme, ce que ça déclenche. Une bonne idée peut être toxique en contexte.
Effet rebond
Un gain technique augmente l’usage et annule le gain. Optimiser une autoroute ne supprime pas les bouchons, ça les déplace.
Émergence
Propriété au niveau du système, irréductible aux éléments. Le groupe n’est pas la somme, c’est une forme produite.
Escalade symétrique
Chacun répond par plus : plus fort, plus sec, plus vite. La relation se transforme en concours, et le concours finit en incendie.
F
Feedback
Retour d’information qui modifie le comportement. Chez l’humain, il dit aussi “qui tu es pour moi”. D’où les drames.
Filtre perceptif
Ce que le système voit (et surtout ce qu’il ne voit pas). Il protège la cohérence, mais rend aveugle aux signaux faibles.
Fonction d’un symptôme
Ce que le symptôme “sert” : stabiliser, éviter, signaler, réguler. Comprendre la fonction évite de supprimer… pour pire.
Frontières
Limites dedans/dehors : rôles, accès, informations. Trop flou = chaos. Trop rigide = asphyxie.
G
Glissement de but
Le moyen devient la fin : la procédure remplace l’objectif. Le système fonctionne mais ne sert plus à rien.
Gouvernance
Règles de décision, de sanction et de régulation. Floue : guerres invisibles. Trop rigide : blocage de l’adaptation.
Grille de lecture
Cadre qui organise perception et action. Changer de grille, c’est souvent déjà changer le champ des possibles.
Généralisation abusive
Passer d’un cas à toujours/jamais. Raccourci mental qui transforme vite un incident en identité.
H
Homéostasie
Tendance à maintenir un équilibre. Même si cet équilibre est absurde, douloureux, ou inefficace.
Hypothèse systémique
Proposition testable sur ce qui maintient le problème. Elle sert à agir et observer, pas à briller en réunion.
Histoire dominante
Récit partagé (“chez nous on est comme ça”). Il protège l’identité du groupe et peut interdire toute évolution.
Heuristique
Règle pratique qui simplifie la décision. Utile jusqu’à ce qu’elle se transforme en religion.
I
Injonction paradoxale
Prescription contre-intuitive (“essaie d’échouer”, “continue exprès”). Elle court-circuite une boucle rigide.
Interaction
Action réciproque : chacun influence l’autre. En systémique, c’est l’unité de base du problème et de sa résolution.
Information
Différence qui fait une différence. Sans contexte, l’information n’oriente rien. Elle devient du bruit premium.
Invariance
Ce qui ne change pas malgré les efforts : la structure. Tant que l’invariance tient, vous pouvez transpirer. Le système vous remerciera en restant identique.
J
Jeu relationnel
Règles implicites : qui initie, qui valide, qui sanctionne. Le jeu pilote souvent plus que les intentions.
Justification rétroactive
On agit d’abord, on rationalise ensuite. Super pour sauver la face, nul pour apprendre.
Juridiction des règles
Qui a le droit de dire la règle, l’interpréter et la modifier. Quand c’est flou, le pouvoir devient une météo : imprévisible et anxiogène.
Jonction contexte-sens
Point où le contexte transforme un fait en message. Même phrase, deux contextes : deux réalités relationnelles.
K
Kaizen
Amélioration continue par petits pas. Excellent en type 1, insuffisant quand il faut un type 2.
KPI (indicateur clé)
Mesure qui oriente l’action. Un mauvais KPI crée une organisation qui réussit ses chiffres tout en échouant sa mission.
Knock-on effects (effets domino)
Conséquences indirectes d’une action. En systémique, les effets domino ne sont pas des surprises, ce sont des variables oubliées.
Kanban relationnel
Visualiser les interactions (qui bloque qui, où ça coince). Utile pour déplacer un conflit du drame vers le processus.
L
Logique circulaire
Chaque cause est aussi un effet. On sort du “A cause B” pour entrer dans “A et B se nourrissent”.
Loyauté invisible
Règles d’appartenance non dites : ne pas dépasser, ne pas contredire, ne pas briller. Le groupe préfère parfois la fidélité à la vérité.
Levier de changement
Point d’action où un petit mouvement crée un grand effet. Souvent, il est là où personne ne regarde parce que ce n’est pas logique.
Langage performatif
Quand dire, c’est faire (“je promets”, “je démissionne”). Beaucoup de crises viennent de performatifs mal reconnus.
M
Métacommunication
Communication sur la communication (“là tu me parles comme à un enfant”). Souvent le seul moyen propre de sortir du brouillard.
Modèle mental
Carte interne du monde. Problème : on défend la carte comme si c’était le territoire.
Mécanisme de maintien
Ce qui fait durer le problème : routines, renforcements, évitements, récits. L’origine n’explique pas tout. Le maintien explique beaucoup.
Marge de manœuvre
Espace réel d’action possible. La stratégie commence quand on exploite le possible plutôt que de fantasmer l’idéal.
N
Niveaux logiques
Comportements ≠ croyances ≠ identité ≠ appartenance. Mélanger les niveaux crée des conflits insolubles.
Norme implicite
Règle non dite mais sanctionnée. Tu ne la lis pas, tu la découvres quand tu la violes.
Narration
Récit qui donne sens aux faits. On peut changer des procédures sans changer la narration et donc sans changer vraiment.
Négociation de sens
Processus par lequel un groupe décide ce que les mots veulent dire. Quand elle est absente, les réunions deviennent des duels de dictionnaire.
O
Observation de second ordre
Observer l’observateur : comment nos catégories fabriquent ce que l’on voit. Sans ça, on prend ses lunettes pour la réalité.
Opposition symétrique
Escalade “à égalité” : chacun répond par plus. Le système se rigidifie par surenchère.
Organisation
Système social structuré par des rôles, règles et flux d’information. Quand ça souffre, c’est souvent le design relationnel, pas les gens.
Objectif caché
But implicite (image, pouvoir, sécurité) qui pilote les décisions sans être avoué. Il explique pourquoi ça n’a aucun sens mais ça tient.
P
Paradoxe
Contradiction apparente qui tient debout dans le système. Ce n’est pas une erreur, c’est une structure qui piège l’action.
Pattern (motif)
Répétition stable de comportements/effets. En systémique, on travaille sur les patterns, pas sur les coups de génie.
Ponctuation de la séquence
Chacun découpe la boucle en cause et répond à son avantage. Les conflits longs naissent souvent là.
Prédiction auto-réalisatrice
Une croyance modifie les comportements qui rendent cette croyance vraie. Le futur ne tombe pas, on le fabrique.
Q
Qualité de présence
Attention réelle, accordage, clarté relationnelle. Parfois, c’est le non-dit qui fait tout le travail.
Question circulaire
Question qui explore les relations (“quand X fait ça, que fait Y ?”). Elle révèle les boucles au lieu d’accuser.
Quota attentionnel
Capacité limitée d’attention d’un système. Quand il est saturé, tout devient urgent, et plus rien n’est important.
R
Recadrage
Changer le sens sans changer les faits. Un bon recadrage ouvre une porte qui n’existait pas.
Régulation
Mécanismes qui stabilisent le système. Trop : rigidité. Pas assez : dérive. Le bon niveau dépend du contexte.
Rétroaction positive
Boucle amplificatrice : un effet augmente sa propre cause. Utile pour croître, dangereux pour amplifier une panique.
Rétroaction négative
Boucle stabilisatrice : un écart déclenche correction. Trop forte : blocage. Trop faible : chaos.
S
Système
Ensemble d’éléments en interaction produisant des effets globaux. Dans l’humain, la relation est la pièce maîtresse.
Symptôme
Signal coûteux qui a souvent une fonction de régulation. Le supprimer sans comprendre son rôle déplace le problème.
Stabilité
Capacité à maintenir une forme. Un système peut être stable et destructeur : stabilité ≠ santé.
Solution tentée
Ce qu’on fait pour résoudre et qui maintient le problème. Identifier les solutions tentées est souvent le raccourci le plus rentable.
T
Tentative de contrôle
Effort pour rendre le monde prévisible. Dans un système humain, plus on contrôle, plus on déclenche des contre-mouvements.
Théorie de la communication
Étude des échanges et de leurs règles implicites. Message clé : on ne transmet pas seulement, on relie.
Transformation
Changement qualitatif de structure. Comme passer de réparer à redessiner.
Triangulation
Une relation à deux se stabilise via un troisième (personne, règle, objet). Très fréquent en familles, équipes, organisations.
U
Unicité d’un système
Chaque système a son histoire, ses tabous, ses règles. Copier-coller une solution d’ailleurs échoue souvent par manque de contexte.
Utilité d’un symptôme
Ce que le symptôme évite ou permet (conflit, décision, perte). Le symptôme est rarement gratuit.
Urgence
État qui réduit la vision et pousse au type 1. Utile pour survivre, dangereux pour comprendre et transformer.
Ultrastabilité
Capacité d’un système à rester le même en changeant tout le reste. Il adapte les détails pour préserver la structure.
V
Validation
Confirmer une perception/émotion sans forcément approuver. Ça réduit l’escalade et restaure de la manœuvre relationnelle.
Variable de contrôle
Ce que le système tente de maintenir (image, performance, conformité). Mal choisie, elle fait travailler tout le monde contre l’objectif.
Violence symbolique
Domination par normes, langage, implicites. Elle ne frappe pas, elle formate. C’est précisément pour ça qu’elle marche.
Variance
Écart naturel dans les comportements. Confondre variance et faute déclenche micro-contrôle et fabrique l’erreur qu’on voulait éviter.
W
Watzlawick (référence)
Figure majeure de Palo Alto. Son apport central : comprendre comment la communication et les solutions tentées maintiennent les problèmes.
Wicked problem
Problème sans définition stable ni solution finale, avec effets secondaires majeurs. On ne le résout pas, on le pilote.
Walk the system (marcher le système)
Observer sur le terrain les flux réels (infos, décisions, frictions). Le système dit une chose, mais fait souvent autre chose.
Weber (bureaucratie)
La bureaucratie stabilise par règles. Quand elle devient une fin, elle protège l’institution contre sa propre mission.
X
X-Factors (facteurs cachés)
Variables non mesurées mais décisives : loyautés, peurs, réputation, tabous. Invisibles aux tableaux, omniprésentes dans les comportements.
Xénophobie systémique
Exclusion produite par normes et routines, plus que par une mauvaise personne. Le système discrimine sans se nommer.
XNOR logique (piège d’accord)
Quand “être d’accord” devient l’objectif, toute divergence est punie. On gagne de l’harmonie et on perd la pensée.
Xylème social (métaphore)
Canaux invisibles qui transportent normes et loyautés dans un groupe. Vous ne les voyez pas, mais ils nourrissent tout.
Y
Yo-yo émotionnel
Oscillation forte liée à une boucle approbation/rejet. Le système alterne récompense et menace, et rend dépendant.
Yield (rendement)
Production réelle au regard du coût global. En systémique : rendement ≠ résultat immédiat, mais effets durables + effets secondaires.
Yo-yo de contrôle
Alternance lâcher-prise / surcontrôle. Le système se fatigue, perd confiance, et réclame encore plus de contrôle.
Yerkes–Dodson (stress & performance)
Un peu de stress améliore, trop de stress détruit. En organisation, on confond souvent pression et pilotage.
Z
Zone de tolérance
Intervalle où le système reste régulé. Hors zone : panique, rigidité, réactions automatiques. Le changement durable respecte cette zone.
Zèle
Application excessive des règles par peur, loyauté ou contrôle. Le zèle est souvent un symptôme organisationnel, pas un trait de caractère.
Zone d’impact
Endroit où agir crée un effet réel (levier). Beaucoup s’épuisent hors zone d’impact puis concluent que rien ne marche.
Réponses aux questions – FAQ
1) À quoi sert ce glossaire systémique ?
À comprendre rapidement les concepts clés de l’approche systémique (Palo Alto, cybernétique, communication) pour mieux lire les situations humaines et organisationnelles.
2) Quelle différence entre systémique et psychologie classique ?
La systémique regarde surtout les interactions (ce qui se passe entre les personnes, dans un contexte) plutôt que de chercher une cause dans la tête d’un individu.
3) Qu’est-ce qu’une boucle de rétroaction ?
Un mécanisme où une action produit un effet qui revient influencer l’action suivante. Selon la boucle, ça stabilise (rétroaction négative) ou ça amplifie (rétroaction positive – lien avec la cybernétique).
4) Pourquoi Palo Alto parle de tentatives de solution ?
Parce que beaucoup de problèmes persistent non pas à cause du problème initial, mais à cause des solutions répétées qui entretiennent ou aggravent la situation.
5) C’est quoi un double bind (double contrainte) ?
Une situation où deux messages incompatibles vous piègent : quoi que vous fassiez, vous êtes en faute, et vous ne pouvez pas sortir du cadre sans sanction (explicite ou implicite).
6) Digital et analogique : on parle d’informatique ?
Non : en communication, le digital est le contenu explicite (les mots). L’analogique correspond à la relation (ton, posture, timing, implicites).
7) À qui s’adresse ce glossaire ?
Aux lecteurs curieux, aux professionnels (CEO, RH, managers, coachs, thérapeutes, etc.), comme à toute personne soucieuse de comprendre les dynamiques relationnelles sans être noyée dans du jargon.
8) Est-ce que ce glossaire remplace une formation ?
Non. C’est une base solide pour s’orienter vite, mais la compétence systémique vient avec des cas concrets, des hypothèses testables et de l’entraînement.
9) Comment utiliser le glossaire avec les articles du site ?
Lire l’article, repèrer un terme qui vous résiste, cliquer sur la définition, puis revenir. Ça accélère la compréhension sans casser le fil.